Balance ton Troll 2.0

Balance ton troll, Bernard Grua

Note : les pseudos des participants Agoravox mentionnés ici ont été remplacés par des appellations de fantaisie, afin de protéger l’anonymat… de leurs identifiants anonymes.

Un petit texte de rien du tout

C’était un petit texte de rien du tout « Les idées reçues des Occidentaux concernant l’Ukraine ».

Il est pourtant celui qui a obtenu le plus grand nombre de lecteurs (3 246) au cours des 5 derniers jours, si l’on en croit le palmarès Agoravox. C’est aussi celui qui a reçu le plus grand nombre de commentaires. Pourtant, je n’ai eu besoin que de dix minutes, pour le copier depuis mon blog Medium et pour le mettre en ligne, alors que je n’osais même pas espérer une validation par la modération. Voilà qui est assez déroutant, quand je pense aux efforts que j’ai produits pour d’autres articles (dont certains ont dépassé les 30.000 visiteurs), tant en terme de contenu, que de sourçage, que d’illustration et de mise en page. Soyons clairs, ce n’est pas sa rédaction qui a attiré les lecteurs, mais l’acharnement des trolls, qui a fait le succès de cette publication. Au premier rang de ces supporters, je me dois de mettre en avant Darius, qui a largement contribué aux près de 650 commentaires. À ma surprise, j’ai découvert un personnage prodigue en bêtises, vulgarité, provocations de petite frappe, ramassis de beauferies et de lieux communs, lesquels dénoteraient, même dans le bar le plus infâme. Il s’agit probablement de la grâce qu’offrent l’anonymat et la distance. Nos échanges précédents auraient pu laisser penser que je pouvais espérer y entrevoir quelques lumières. Mais cela ne doit être que des épaves éparses d’un passé relégué aux oubliettes, depuis que ce personnage a basculé dans la marginalité numérique et dans le harcèlement en ligne. Néanmoins, Darius nous rappelle que les plus belles plantes ont besoin de fumier pour grandir et que les champignons poussent dans le crottin. Ce fut le cas pour mon article. On peut lui être reconnaissant de cette contribution.

Palmarès de Balance ton troll par Bernard Grua
Score au cours des 5 derniers jour: à gauche le plus lu, à droite le plus grand nombre de commentaires

Petit tacle pour les racistes, antisémites et/ou haineux que j’ai dû bloquer tels que Tovaritch, Facteur et Nada. Ils ne viendront pas polluer le fil de mes prochains articles. En revanche, non, je n’ai pas banni la pauvre Proserpine contrairement à ce qu’elle affirme par ailleurs. Il est, du reste, intéressant d’observer comment cette malheureuse fille souhaite faire pleurer dans les chaumières sur ses névroses et sur les gentilles baffes qu’elle se prend suite à ses insultes répétées, alors que, pour elle, se pencher, sur le sort des martyrs d’une guerre infâme serait « sacrifier à la dictature de l’émotionnel ». On y reviendra. Le monde des trolls a ses propres, plutôt sales en fait, valeurs.

Fumée des cierges et fin d’une soirée d’ivresse

Et l’on arriva au bout de l’exercice. Il ne resta plus qu’un petit groupe d’irréductibles, familiers les uns des autres, errant sur le terrain, discutant entre eux sur des sujets décousus, dans une convivialité et une connivence surjouées. Ce fut une image de la misère morale du monde. Des paumés sans imagination. Ceux qui avaient vraiment des choses à dire étaient partis. C’est souvent comme ça que les discussions finissent avec cette faune. La fête se termine en invectives, en smileys ridicules, en admonestations d’une racaille exigeant le respect. Avec la fatigue, les efforts destinés à présenter un semblant de dignité s’effondrent. Le naturel de ces sous-individus revient au galop. Demain, ils iront se soulager ailleurs et tenteront toujours de savoir qui a la plus grosse. Demain, pour eux, ne sera pas un autre jour. Demain sera comme aujourd’hui. Les dates du calendrier se confondent, perdues dans leurs milliers, voire leurs dizaines de milliers, de commentaires. Des commentaires qu’ils peuvent coller sous n’importe quel article, quel qu’en soit le sujet. Car, pour eux, le vrai sujet, c’est leur personne. Ainsi, les semaines, les années passent. Sans réalisations, sans repères, dans leur affligeante médiocrité.

Accordons une mention spéciale à Béhémoth, à Intouchable et à Tahiti qui ont veillé assez tard dans la nuit pour porter la réplique à Darius et entretenir sa verve. Nul doute que sans eux cet individu aurait compris que son exhibitionnisme narcissique n’intéressait personne. Quoiqu’il en soit, leurs derniers échanges ne resteront pas au Panthéon des contributions à grande valeur ajouté. Il en subsistera plutôt un fumet d’urine et d’alcool dans le salon de bavardages insipides qu’ils ont créée sur mon fil, avant de faire fuir les derniers vrais interlocuteurs. Merci à ceux qui sont d’un avis différent et qui ont su faire valoir leur opinion dans la courtoisie. Merci, à ceux qui ont appuyé mon point de vue, je ne les citerai pas pour leur éviter de subir l’amertume de quelques bancroches.

La dictature de l’émotionnel, une fenêtre ouverte sur la bête immonde

Toutefois, il reste un goût amer. Car, finalement, on observe que les éléments de langage pro-poutine tels que “Coup d’Etat”, “junte fasciste”, “persécution de la langue russe”, etc. n’ont pas évolué depuis 2014. Il est sidérant de voir que la propagande du Kremlin, très organisée et pilotée au plus haut niveau, ne se soit pas renouvelée. La seule innovation, c’est la mise à l’index de la “dictature de l’émotionnel”. Oui, mentionner les dizaines de milliers de morts, les viols de femmes et d’enfants, les crimes de guerre et la probabilité de crimes contre l’humanité, cela serait bêtement sacrifier à l’émotionnel. Voici la nouvelle doxa de la poutino-fachosphère. Pardonnez-moi d’user de ce rapprochement hélas trop fréquent. Nous sommes bien dans un discours nazi de déshumanisation des victimes, même si là, “le Juif”, c’est “l’Ukronazi”. La vision est consternante, en Russie. Mais, en France, où il existe un pluralisme d’information, où un important travail a été fait sur la Shoah et sur ce qui y conduisait, il est affolant de constater une telle banalisation des pulsions génocidaires. L’avenir est sombre.

Des volontaires chargent les dépouilles de victimes de Boutcha pour être examinées dans une morgue, le 13 avril 2022. © AP/Rodrigo Abd

Le trollopithèque

Le Darius, dont il a été question précédemment, appartient au groupe des trolls 1.0, ceux de la première génération. Ils reprennent le narratif du Kremlin, directement ou par les cascades de blogs et sites qui diffusent cette propagande. Ils copient et collent en bouillonnant d’insultes, de provocations et de vulgarité. Aujourd’hui, il faut comprendre que les citoyens français sont majoritairement hostiles à la guerre russe en Ukraine, même si, sur les réseaux sociaux, les trolls peuvent laisser penser le contraire. Donc ces profils sont identifiés immédiatement et n’ont plus un grand impact sur l’opinion. De fait, le troll 1.0 est maintenant sous-traité dans les pays sous-développés : Afrique francophone ciblant la France, Nigeria et Pakistan ciblant les US et UK. Lire mon article:

Le troll 2.0

En ce moment, nous sommes à l’ère du troll 2.0. C’est un troll à la limite de l’agent d’influence. De prime abord, il s’agit de quelqu’un qui dénonce la guerre, voire Vladimir Poutine. Il est pour la paix. Il s’oppose à l’aide à l’Ukraine, qui ne ferait que prolonger la guerre. Il milite donc « subtilement » pour une victoire russe. Il continue à promouvoir l’idéologie panrusse : deux peuples frères, une même langue, etc. S’il se livre un peu plus vous comprendrez que pour lui, aussi, l’Ukraine n’existe ni en tant qu’Etat, ni en tant que nation. C’est une création artificielle. Quant à la culture ukrainienne, si tant est qu’il reconnaisse qu’il en existe une, c’est une sous-culture régionale de la Russie. Bref, l’Ukraine est une affaire intérieure à la Russie, qui peut y faire ce que bon lui semble. Ce n’est pas l’affaire des Occidentaux. Si votre troll 2.0 se livre encore plus, il finira par vous dire, lui aussi, que tout ça, c’est la faute de l’OTAN. Il prétend parler au nom de la population qui peuple ce que d’autres appellent l’Ukraine. Une population à l’égard de laquelle il affiche tant de sympathie. Mais s’il parle au nom de cette population, c’est pour mieux couvrir sa voix. Il ne faut surtout pas que l’on entende ce que nous disent les Ukrainiens.

“Si la Russie cesse de combattre, il n’y aura plus guerre.
“Si l’Ukraine cesse de combattre, il n’y aura plus d’Ukraine.”

Darius et ses pieds nickelés de la première génération n’appartiennent pas à cette catégorie de troll 2.0. Ils sont des dinosaures de l’âge d’or du trollisme. Mais ils sont devenus des exclus, des reliques d’un business passé, aujourd’hui délocalisé en Afrique. Un comble pour cette fachosphère suprémaciste.

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Photographer, writer, contributor to French & foreign media: culture, history, heritage, geopolitics — https://bernardgrua.net — https://pamirinstitute.org

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Bernard Grua

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