Emmanuel Macron, la paix ne se construira pas dans “l’humiliation” de la Russie

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La défaite est par nature humiliante

La France a été humiliée en Indochine, à Suez, en Algérie... Elle est humiliée au Mali. Les USA ont été humiliés au Vietnam, en Somalie, en Afghanistan et ailleurs. En Ukraine, la défaite sera humiliante pour les Russes et pour la Russie, comme l’est toute défaite. Pourquoi et comment pourrait-il en être différemment ?

Ukraine: la paix ne se construira pas dans «l’humiliation» de la Russie, affirme Emmanuel Macron — 9 mai 2022

Vouloir éviter cette humiliation, comme le demande Emmanuel Macron, c’est ne pas vouloir la victoire. C’est sortir la France de l’Histoire. C’est trahir un peuple qui meurt pour l’Europe. C’est privilégier le confort moral des ressortissants du pays agresseur, au détriment de la compassion due aux victimes, les dizaines de milliers de morts et les familles ou les survivants brisés à jamais.

Une version munichoise de “l’humiliation” du Traité de Versailles

Il faut se méfier des parallèles manichéens. Macron fait plus ou moins directement référence aux conséquences du traité de Versailles pour justifier ses palinodies. Pourtant, l’Europe ne sera en paix que si l’armée russe est détruite et si, idéalement, la Russie est éclatée en différentes entités. Souvenons-nous que la paix que nous avons connu jusqu’à ce jour est le fruit de l’humiliation du Japon et de l’Allemagne en 1945.

Rappelons que la théorie de l’humiliation injuste de l’Allemagne, le “Dolchstoßlegende”, la légende du “coup de poignard dans le dos”, a été popularisée par les nationalistes de la République de Weimar puis par le régime nazi avant qu’un de leurs héritiers ne la promeuve, aujourd’hui, à l’Est de l’Europe.

Gauche: dessin antisémite illustrant la Dolchstoßlegende : l’armée allemande frappée par la « démocratie juive » (carte postale autrichienne de 1919). — Droite: affiche électorale de propagande pour le Parti populaire national allemand (DNVP) de 1924, illustrant la Dolchstoßlegende.

En 1945, dans leur sagesse, les alliés ont voulu une reddition sans condition des “puissances de l’Axe”. Idéalement, c’est ce que nous devrions souhaiter pour la Russie, même si nous devons être à l’affût des très hypothétiques opportunités, qui permettraient de mettre fin à ce bain de sang.

Pour Macron, l’Ukraine est encore et toujours en zone grise

Dans le même discours prononcé à l’occasion de la clôture de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, au Parlement européen, Emmanuel Macron semble être allé encore plus loin dans ce qui pourrait passer pour une volonté de ne pas “humilier” la Russie. Il a rappelé que depuis l’invasion de l’Ukraine, Kyiv a officialisé sa volonté d’intégrer l’Union européenne, mais selon lui, cette candidature ne saurait être accélérée en raison de la guerre. Il a précisé qu‘une telle démarche pourrait prendre des décennies.

A la place, Macron a proposé une relégation dans une forme de zone grise, une « communauté politique européenne », où la très europhile Ukraine devrait cohabiter avec l’europhobe Grande-Bretagne post Brexit. Ce faisant, le Président en exercice du conseil de la Communauté européenne contredisait la position prise, un mois auparavant à Kyiv, par Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, et par le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Ces deux derniers plaident pour une intégration rapide.

Une faute historique et une bombe à retardement

Pour le politologue Nicolas Tenzer, fermer la voie à la candidature, serait une “faute historique”. Il ajoute, le 10 mai, qu’il souhaite une clarification de la part du président français.

Trois jours après, le 13 mai, cette clarification n’est toujours pas arrivée. Il est temps d’en tirer la conclusion.

“Circonvolutions rhétoriques”, “prudences lâches”, “ignorance”, “indécence”, “prétendue subtilité”, “indigence de la pensée”, “la complexité comme excuse”, “demi-habiles”, merci à Nicolas Tenzer pour ces paroles.
Comment faire en sorte qu’elles soient entendues ? Macron a eu cinq ans pour apprendre à connaître le gopnik à l’origine de toutes ces horreurs. Voilà cinq ans que nous espérons. En vain.

Dans un tel contexte, le “compliment” d’Emmanuel Macron disant que l’Ukraine était « membre de cœur de l’Europe » apparaît comme un verbiage dont personne n’est dupe et ne goûte la condescendance, voire la triste ironie.

Nombreux sont les Français ont honte des propos méprisants d’Emmanuel Macron. Les Ukrainiens ne se laissent pas plus abuser, comme l’a exprimé le Président Zelensky lors de sa conférence avec les étudiants réunis à Sciences Po. Ici, le lien direct avec sa réponse.

En renvoyant aux calendes grecques l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne, Emmanuel Macron a donné matière à la création d’une propagande telle que sert la Russie sur l’OTAN. “On” aurait garanti la non-adhésion de l’Ukraine. Ce sont des paroles que nous risquons, à l’avenir, de payer très cher. Il faut les dénoncer.

Ne pas se taire

Garder le silence sur les faux pas de Macron, en raison des élections législatives à venir, au prétexte que cela favoriserait les poutinophiles de Le Pen ou Mélenchon, me parait une excuse inacceptable. L’opinion doit se faire entendre afin de tenter d’infléchir une “stratégie” qui engagerait la France, notre pays, sur la voie du déshonneur et de la trahison. Plus tard, il sera trop tard.

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Photographer, writer, contributor to French & foreign media: culture, history, heritage, geopolitics — https://bernardgrua.net — https://pamirinstitute.org

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Bernard Grua

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